41

Les trois hommes que Terra avait rencontrés dans la forêt le laissèrent descendre du camion à l’entrée de la ville. Le Hollandais s’enfonça entre les arbres. Dès qu’il se fut suffisamment éloigné d’eux, les inconnus s’évaporèrent, pour réapparaître quelques secondes plus tard dans l’antre du sorcier. Assis dans un confortable fauteuil écarlate, sur le bord de l’âtre de pierre, le mage noir les accueillit avec satisfaction.

— Vous avez bien travaillé, les complimenta-t-il.

— Vous aviez raison, maître, fit l’un d’eux. Il s’est laissé prendre au piège comme un enfant.

— Je trouve en effet bien curieux que l’ordre ait choisi un roi aussi faible.

Le sorcier s’approcha d’une table sur laquelle reposait un château miniature dépourvu de toit.

— Mais avant de l’écraser, je veux le soumettre à d’intenses tourments, afin que tous les membres de l’ordre souffrent avec lui. Il est tout près, maintenant, mes fidèles serviteurs. Allez donc le persuader d’entrer dans mon château.

… Les trois hommes se métamorphosèrent en loups énormes, puis se dématérialisèrent. Un sourire victorieux se dessina sur les lèvres du sorcier.

Terra Wilder marchait d’un bon pas dans la forêt lorsqu’il entendit des grondements derrière lui. Carabine en main, il scruta les alentours. Bien sûr, il ne voulait pas blesser un animal innocent : il lui suffirait de tirer dans les airs pour le faire fuir. Mais lorsqu’il vit apparaître les trois loups, la frousse le gagna et il s’enfuit à toutes jambes. Il courut d’abord au hasard, puis trouva un sentier qu’il suivit en espérant dénicher un abri quelconque. Au détour du chemin, il heurta une porte de bois et constata avec surprise qu’il se trouvait au pied d’une énorme demeure, creusée à même la falaise. Les bêtes carnivores surgirent derrière lui. Terra ne réfléchit pas davantage à la présence d’une telle demeure au milieu de la forêt californienne. Il entra et referma sèchement la porte derrière lui.

Pas très loin de cet abri miraculeux, Alissandre cicatrisait une à une toutes les plaies de Galahad. Puis, il le nettoya et l’aida à enfiler des vêtements chauds qu’il avait apportés pour lui-même dans son sac à dos. Mais rien ne pouvait remonter le moral du chevalier.

— Tu as fait tout ce que tu as pu, témoigna l’apprenti.

— J’ai été terrassé par le dragon, se lamenta Galahad. Je ne fais plus partie du jeu.

— C’était un combat déloyal. D’ailleurs, la bête a été détruite.

— Tu l’as tuée après qu’elle m’a désarmé et humilié.

Des larmes de honte coulaient sur ses joues. Alissandre se dit que jamais il ne comprendrait l’orgueil de ces guerriers.

— Écoute-moi, Galahad, ordonna-t-il.

— Je ne suis même plus digne de porter ce nom, pleura son compagnon. Je ne mérite plus d’être chevalier.

— Je ne connais pas encore toutes les règles de votre code, mais ce qui s’est passé aujourd’hui ne change rien à notre amitié ni à notre quête.

— Je n’en fais plus partie, Alissandre, répéta Galahad. Sers-toi de tes pouvoirs magiques et sauve Terra. Moi, je ne peux plus rien faire.

Alissandre en vint à la conclusion qu’il ne lui servirait à rien d’emmener Galahad avec lui dans l’état de détresse où il se trouvait. Il lui proposa plutôt de rentrer chez lui pour reprendre des forces.

— J’ai bien trop honte, s’affligea le chevalier.

— Alors va chercher du réconfort auprès de ta belle en Colombie-Britannique. Je vais te conduire à l’aéroport le plus proche.

Mais Galahad refusa que l’apprenti perde plus de temps. Il décida de rentrer à cheval, même s’il devait y mettre plusieurs jours. Il avait besoin d’être seul et de réfléchir à la nouvelle orientation que venait de prendre sa vie. Surtout, il avait besoin d’accepter son amère défaite aux mains de l’ennemi et son impuissance à sauver son roi bien-aimé.

 

* *

*

 

Terra demeura appuyé contre la porte le temps que se calment les battements de son cœur. Lorsqu’il n’entendit plus gronder les loups, il voulut l’ouvrir, mais elle était coincée. Il tira plus fort. Rien à faire. Il se dit qu’il y avait certainement d’autres issues dans cette maison. Il traversa une pièce, qui semblait être une cuisine, sans se douter que le sorcier le guettait. Il entra dans le couloir et aboutit dans une grande salle à manger, dont les fenêtres étaient recouvertes d’épaisses draperies. La table était mise pour douze personnes, éclairée par des bougies plantées dans de beaux chandeliers d’argent. La vaisselle était propre et les gobelets de métal étincelaient. Même le bois lustré de la table n’était pas poussiéreux. Quelqu’un habitait certainement cet endroit.

Il pénétra ensuite dans un grand hall au plafond très haut. D’un côté, il y avait un escalier recouvert de velours et de l’autre, une double porte dont les poignées étaient faites de gros anneaux de fer. Terra déposa la carabine sur le plancher de dalles et tenta en vain d’ouvrir la porte. Découragé, il s’assit dans les marches pour évaluer sa situation.

 

* *

*

 

Dès que Galahad fut parti avec les chevaux, qu’ils avaient finalement retrouvés sur le bord de la rivière, Alissandre fut emporté dans un tourbillon de vent et de lumière blanche. Quelques secondes plus tard, il se matérialisait dans l’antre du magicien.

— Il était à peu près temps que vous arriviez, lui signifia le vieillard, debout devant sa bibliothèque.

— Mais que faites-vous ici ? Avez-vous retrouvé Terra Wilder ?

— Je suis arrivé trop tard. Le sorcier avait déjà mis la main sur lui.

— Quoi ?

— Le jeu est stratégique, Alissandre. Pendant que le sorcier nous occupait avec son dragon, ses chiens de chasse unissaient leurs efforts pour faire entrer le roi dans le château des ténèbres.

— Mais comment allons-nous le sortir de là ?

— J’y réfléchissais justement.

— Mais nous ne disposons pas de beaucoup de temps, protesta l’apprenti.

— Cessez de penser comme les humains, pour qui seuls le temps existe. Sachez que les magiciens ont le pouvoir de le manipuler.

Toutes ces notions étaient bien nouvelles pour ce jeune homme récemment immortalisé. Le magicien se dirigea vers une grosse boule de cristal, qui reposait sur un guéridon de marbre blanc. Il se pencha sur l’objet lumineux et fronça les sourcils.

— Que voyez-vous ?

— Le château du sorcier, évidemment. Nous devons l’étudier avant de nous y aventurer.

— Ce serait bien plus facile si vous possédiez des plans, soupira l’apprenti en jetant un coup d’œil découragé à la boule de cristal.

Le magicien fit un léger geste de la main et le château se forma au-dessus du globe de verre, sous la forme d’un hologramme. L’apprenti en fit alors lentement le tour en l’examinant attentivement.

 

* *

*

 

Terra cherchait toujours une issue. Il entra dans un riche salon, où brûlait un bon feu. La pièce était chaude et réconfortante. Il appela, mais personne ne lui répondit. Mais où se trouvaient les maîtres des lieux ? Un tableau était suspendu au-dessus de l’âtre. Avec horreur, il reconnut le sombre personnage qu’on y avait peint, debout, un jeune dragon couché à ses pieds : le sorcier ! Ses yeux pâles semblaient le surveiller !

Terra sortit de la pièce comme si le diable était à ses trousses. Dans l’entrée, il essaya encore d’ouvrir les portes. Une fois de plus, ses efforts furent vains. En sueur, il retourna dans la salle à manger, tira les draperies, s’empara d’une belle chaise sculptée et la lança dans la fenêtre. Elle se brisa en morceaux, mais à peine les éclats de verre eurent-ils touché le sol qu’ils se recollaient et reprenaient leur place !

— Non ! hurla Terra.

Son cri parvint à la fois aux oreilles du magicien et du sorcier, qui souriait en regardant à l’intérieur de son modèle réduit du château.

— Voyons ce qui lui fait vraiment peur, déclara-t-il en laissant tomber une gerbe d’étincelles au-dessus de la maquette.

Debout devant la fenêtre intacte, Terra se demandait s’il devait s’enlever la vie avant que l’ennemi répande son sang. On lui avait expliqué le jeu, lorsqu’il avait été adoubé, mais jamais il n’avait pensé qu’il en deviendrait un jour la victime. Cette éventualité lui avait semblée si lointaine, si improbable.

— Terra ! Qu’as-tu encore fait ? tonna une voix familière.

Le Hollandais fit volte-face. Son père se tenait au seuil de la grande salle ! Les yeux gris acier du vieux militaire se plantèrent dans son cœur comme un poignard.

— Que faites-vous ici ? balbutia Terra.

— Ça fait plus de vingt ans que tu ne m’as pas vu et c’est tout ce que tu trouves à me dire ?

— C’est vous qui m’avez chassé ! Vous m’avez dit de ne plus jamais revenir !

— Je m’en souviens très bien. Alors que fais-tu ici ?

— Je suis entré par mégarde et je ne suis plus capable de sortir.

— Tu n’as toujours été qu’un bon à rien. Tu avais le plus bel esprit de toute la Grande-Bretagne et tu l’as gaspillé.

— C’est faux ! Je suis devenu astrophysicien à la NASA !

— Tu as épousé une de tes étudiantes sans mon consentement.

— Je vous ai convié à mon mariage, mais vous avez choisi de ne pas vous y présenter !

— Et qu’as-tu fait à cette pauvre femme ? Tu l’as déracinée de son pays et tu l’as forcée à te suivre en Amérique.

— Elle voulait venir avec moi !

— Et tu l’as laissée toute seule à la maison pendant que tu allais t’amuser avec ton petit ami.

Cette dernière accusation déchira Terra. Rassemblant ce qui lui restait de courage, il bouscula son père et se hâta vers l’entrée.

Voyant ce qui se passait dans l’hologramme transparent, Alissandre implora le magicien de venir en aide au roi avant que le sorcier ne le rende fou. Le vieillard tendit la main vers l’immense bibliothèque qui occupait tout un mur. Un livre vola dans les airs et atterrit dans sa paume. Il en absorba aussitôt le contenu.

— Le château est entouré d’une force maléfique qui ne permet à personne d’y entrer ou d’en sortir sans le consentement du sorcier, expliqua-t-il. Mais un mur est plus faible que les autres. Je pense que nous pourrions le persuader de nous laisser passer.

— Nous allons nous adresser à un mur ? s’étonna l’apprenti.

— Tout ce qui existe dans l’univers est vivant, Alissandre. Venez, nous avons fort à faire.

Le vieil homme déposa le livre et ferma les yeux. Les mages furent aussitôt transportés dans une spirale lumineuse.

 

* *

*

 

Terra Wilder s’acharna une fois de plus sur les portes. Effrayé en entendant venir son père, le Hollandais grimpa à l’étage supérieur. Murray Wilder monta derrière lui. Ce n’était qu’une création temporaire de l’esprit maléfique du sorcier, mais ses critiques et ses sarcasmes ressemblaient tellement à ceux que lui avait jadis adressés son père que Terra le croyait réel.

— Tu as fait mourir ta mère en naissant et tu n’as jamais cessé de faire souffrir les autres depuis.

Terra se précipita dans un long couloir sombre dont il ne voyait pas la fin. Il devait absolument échapper à cet homme méchant, qui avait failli le détruire lorsqu’il était adolescent.

— J’ai dû payer ta grand-mère en Hollande pour qu’elle accepte de te garder.

— C’est faux ! cria Terra en se retournant. Mes grands-parents m’aimaient !

— Alors pourquoi se sont-ils débarrassés de toi quand tu avais onze ans ?

— Ils ne voulaient pas que je parte ! C’est vous qui m’avez obligé à vous rejoindre en Angleterre !

— Tu t’es entêté à ne pas parler anglais à l’école et tu refusais de te faire des amis. J’aurais dû me douter que tu deviendrais un minable.

Terra recula et heurta le mur. Pourquoi son père venait-il le torturer aux États-Unis ? Lorsqu’il le vit détacher sa ceinture de cuir, la terreur s’empara de lui. Il s’enferma dans la première pièce qu’il croisa. Il s’appuya contre la porte et se mit à sangloter.

C’est alors qu’il entendit de petits cris de plaisir familiers. Il essuya ses yeux et y porta davantage attention. Une lampe s’alluma, lui révélant le docteur Donald Penny au lit avec Amy.

— Terra ! s’écria joyeusement le médecin. Nous parlions justement de toi !

— Tu ne peux pas être ici, murmura Terra, incrédule.

— Donald savait que tu finirais par t’arrêter au château, dit Amy. Alors nous avons décidé de passer le temps en t’attendant.

— Ta femme était si seule, déplora Donald. Tu sais bien que je ferais n’importe quoi pour toi, Houston.

— C’est impossible, bafouilla Terra. Cet endroit n’existe pas… Vous n’existez pas…

Il ressortit dans le couloir : son père n’y était plus. Terra voulut poursuivre son chemin, mais il buta contre un fauteuil roulant. Effrayé, il prit la fuite dans l’autre direction. Devant lui se découpa une minuscule porte qui s’ouvrait sur un balcon. De l’autre côté, un univers fort différent l’attendait.

Il aboutit sur un viaduc, dans une nuit noire. Une voiture passa devant lui et il se reconnut au volant. Sarah occupait le siège du passager. Il vit les phares d’une autre voiture venant en sens inverse.

— Non ! hurla-t-il de tous ses poumons.

La voiture percuta la sienne et la poussa par-dessus le parapet. Terra tomba sur ses genoux, le visage enfoui dans ses mains, en proie au sentiment de culpabilité qui l’avait empoisonné pendant toute sa convalescence au Texas. Bien sûr, tout cela n’était qu’un horrible cauchemar, mais il ne savait plus comment y échapper.

 

* *

*

 

Le magicien et son apprenti se matérialisèrent près du château. Alissandre voulut aussitôt savoir quel mur serait leur cible.

— C’est le mur du nord, répondit le vieillard.

Alissandre sortit une petite boussole de sa poche et constata avec dépit que l’aiguille tourbillonnait à une vitesse folle.

— Ne vous fiez pas à ces inventions ridicules, lui recommanda son maître. Faites davantage confiance à votre instinct.

Alissandre lança l’instrument dans les buissons et ferma les yeux sans trop savoir ce qu’il cherchait. Il tendit les bras devant lui, paume vers le bas, comme il avait vu Galahad le faire, puis il pivota doucement sur lui-même, à l’écoute de ses sens. Une force invisible lui saisit le poignet et le tira. Content de lui, le magicien le suivit.

— Le château est-il protégé par des dragons ? s’enquit l’apprenti.

— Non, enfin, je ne le crois pas.

La force invisible le mena devant un mur de pierre recouvert de lierre séché qui ressemblait pourtant à tous les autres.

— Et pourquoi cette forteresse aurait-elle un mur plus faible ?

— Parce que rien n’est parfait dans l’univers, Alissandre.

— Je l’avais déjà remarqué… de mon vivant, je veux dire.

Le magicien, levant les bras au ciel, se mit à réciter des paroles dans une langue que l’apprenti ne connaissait pas. « Jamais je n’arriverai à apprendre tout cela », se découragea-t-il.

Devant son château miniature, le sorcier se redressa en flairant la présence de son rival. Il se tourna brusquement vers ses trois complices.

— Débarrassez-moi une fois pour toutes de cette vieille chèvre et de sa pâle imitation ! ordonna-t-il.

Les hommes se changèrent de nouveau en loups et disparurent. Quelques secondes plus tard, ils surgissaient derrière les mages. Alissandre entendit leurs grondements le premier. Ils étaient beaucoup plus gros que des loups ordinaires, alors il supposa qu’il s’agissait d’une illusion destinée à les éloigner du mur vulnérable.

— Écoutez, les copains, je sais que vous n’existez pas, alors ne perdez pas votre temps.

L’une des bêtes bondit, Alissandre mit instinctivement son bras devant lui pour se protéger : les crocs pointus s’y enfoncèrent et la force de l’impact le projeta sur le dos. Venant à son secours, le magicien fit jaillir de sa paume un rayon d’une intense luminosité. Le loup explosa en une pluie de petites flammes. Les autres reculèrent en grondant.

— Êtes-vous blessé, Alissandre ?

— Je saigne, répondit-il, étonné. Comment une illusion peut-elle me faire saigner ?

— Ces créatures ne sont pas des illusions. Ce sont les guerriers du sorcier.

— Et le dragon qui a attaqué Galahad ?

— Les chevaliers noirs peuvent adopter l’apparence qu’ils désirent.

— Comment peut-on les vaincre, alors ?

— En théorie, ce ne sont que des pions. Ils ne devraient donc pas nous importuner, puisque nous sommes au-dessus du jeu.

— En êtes-vous bien certain ? l’interrogea Alissandre, hypnotisé par le sang qui coulait de ses plaies.

— En pratique. Toutefois, j’imagine que j’ai l’obligation morale de vous venger.

Le magicien attaqua un autre loup, qui fut détruit comme le premier. Sans attendre de subir le même sort, le dernier animal s’évapora de lui-même.

— Pourquoi ne suis-je pas capable de faire la même chose ? geignit l’apprenti.

— Parce que votre entraînement n’est pas terminé. Soyez patient.

Le magicien l’aida à se relever, puis passa la main sur son bras pour guérir ses plaies.

— Maintenant, venez. Nous devons entrer dans cet endroit de malheur avant que le sorcier ne décide d’intervenir lui-même.

Le magicien reprit ses incantations là où il les avait laissées.

Qui est Terra Wilder ?
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